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5 décembre 2020 6 05 /12 /décembre /2020 19:30

 

Senlis 2006/2007  Restaurateur au portail ouest de la cathédrale ou le plus beau métier du monde.

A 54 ans, j’étais professionnellement comblé. Comme de nombreux restaurateurs de cette génération bénie j’avais vécu quantité d’expériences passionnantes et n’étais aucunement blasé de mon activité. Durant plus de trente ans je m’étais sans cesse déplacé dans le temps et dans l’espace, aux quatre, cinq et même six coins de l’hexagone, parfois plus loin, dans mille lieux insolites ou ordinaires.   Les merveilles sur lesquelles j’avais travaillé s’étaient succédées sans interruption dans un curieux parcours d’étapes sans lien entre elles, sinon celui de l’entretien et de la valorisation des beautés du patrimoine. Cela allait-il se poursuivre ? 

Note préliminaire : si je suis l'auteur des photos insérées dans ce texte, sauf celle du prélèvement LRMH, je ne suis pas le seul et loin de là à avoir restauré les sculptures présentées (avant et après restauration), et pour cause, puisque nous avons été onze restaurateur-trices à avoir travaillé sur ce chantier   

Début 2006 mon carnet de commandes était encore assez bien garni, même si la mise en concurrence devenait de plus en plus systématique et faisait que je commençais à perdre des marchés que j’aurais bien aimé gagner. Mais c’était dans l’ordre des choses car la jeunesse, derrière, poussait.  

Je n’étais pas encore trop las de cette recherche permanente de travail liée à mon statut de travailleur indépendant. 

Je sortais d’une intéressante étude portant sur la collection des moulages en plâtre du Musée des Monuments Français (MMF), moulages réalisés surtout entre la fin du XIXème siècle et le début du XXème, à partir de sculptures essentiellement médiévales. Le questionnement de cette étude était celui de leur état de surface colorée, précisément de leur mise en couleur en fonction de l’aspect coloré de l’original (ou des restes de couleur/polychromie encore visibles). Je retrouvais et étudiais ainsi à Paris les formes moulées du Puits de Moïse de Dijon, de la Vierge Bulliot d'Autun, de la statuaire de la cathédrale de Strasbourg (ici la Synagogue)...

 

et profitais ainsi de mon expérience passée. A comparer moulages anciens et originaux je pus constater que la mémoire « sensible », celle de la longue observation d’œuvres uniques, était indispensable et complémentaire de la seule mémoire documentaire.  On se souvient facilement des choses uniques quand on les a longuement côtoyées, et comme restaurateur j’avais eu cette chance.

 

Senlis, première approche.

Il y avait aussi au MMF quelques moulages plus anciens provenant d’un monument que je connaissais depuis peu, c’était la  cathédrale de Senlis et plus précisément son portail ouest, datant du milieu du XIIème siècle (ici avant restauration).

Au tympan s’y trouve le couronnement de la Vierge, sur les voussures l’ascendance de Jésus (l' « arbre de Jessé »), plus quelques prophètes et autres personnages bibliques, aux ébrasements des personnages typologiques de l’ancien testament, dont saint Jean-Baptiste, Abraham, Moïse, Siméon, David...

Suite à quelques déprédations révolutionnaires on décida en 1845 d’en faire la restauration, qui commença par la recréation des têtes des statues-colonnes des ébrasements (photo ci-dessous). Le résultat en fut assez mauvais pour qu’en 1849 Prosper Mérimée, alors rapporteur de la commission des monuments historiques, fasse arrêter le travail du sculpteur Robinet qui n’a donc pas laissé son nom dans l’histoire de l’art comme sculpteur-restaurateur de premier ordre, même s’il eut par ailleurs une carrière honorable de sculpteur parfaitement académique. Mérimée préférait que l’argent disponible soit employé à la réparation des combles et à la consolidation de l’édifice.

Avant les fantaisies de Robinet, on avait fait les moulages en plâtre des statues mutilées. Conservées au MMF je pus les observer d’assez près, mais pour ne rien découvrir de spécial, sinon une patine à la barbotine assez foncée qui leur était propre et différente de celle de la plupart des autres moulages réalisés à partir de 1881 et de l’ouverture du musée.

Le hasard faisant bien les choses, un échafaudage était alors monté sur la façade ouest de la cathédrale pour l’étude du portail afin que le Laboratoire de Recherche des Monuments Historiques (LRMH) puisse y travailler, prélever puis analyser en laboratoire. C’était principalement en raison de la polychromie exceptionnelle qu’on savait conservée sous l’encrassement, et qu’on allait remettre au jour un jour. Je ne manquais pas d’aller faire un tour sur place pour y voir de plus près l’original, y croiser entre autres l’excellente connaisseuse du sujet Delphine Christophe et faire quelques photos.

Mais, de par Dieu couronnant, que c’était sale !

Un appel d’offres à rendre infructueux

J’étais d’autant plus intéressé que ce portail était dans tous les esprits de notre petit monde de la conservation-restauration avec la problématique de sa restauration et l’arrêt (temporaire) de la procédure depuis trois ans.

Un appel d’offres avait en effet été lancé début 2003. La nouvelle s’était répandue assez vite et le dossier d’appel d’offres avec son cahier des charges fut rapidement connu de tous. C’était catastrophique. Les propositions de l’architecte en chef étaient d’un autre âge. Elles avaient été malgré tout validées par la maîtrise d’ouvrage déléguée, c’est-à-dire la DRAC Picardie à travers la Conservation Régionale des Monuments Historiques (CRMH). Senlis se trouve en effet dans le département de l’Oise et la cathédrale est un monument communal, non un édifice d’Etat. Si la ville de Senlis, propriétaire, était naturellement maître d’ouvrage initial, elle avait délégué cette responsabilité à la DRAC, plus compétente. Le tout était supervisé par l’inspection générale des MH, à Paris. La maitrise d’œuvre était naturellement assurée par l’architecte en chef des MH du lieu.

C’était catastrophique car, en plus de traitements inconvenants, le projet de restauration était d’un interventionnisme suranné, consistant en une quasi remise à neuf du portail avec la recréation de quelques « sculptures neuves » (dont la forme serait à définir au cours du chantier) et surtout la reconstitution plus qu’exagérée de la polychromie.

Brièvement dit, on allait faire en 2006 pour la polychromie ce qu’on avait arrêté de faire en 1849 pour la sculpture, grâce à Mérimée.

 

Cette proposition était à l’encontre de la vision distanciée et respectueuse que tous (sauf donc quelques-uns) avaient adoptée durant les dernières décennies vis-à-vis des œuvres patrimoniales et qu’on trouvait désormais dans de nombreuses chartes déontologiques internationales. Intervenir pour conserver l’existant afin d’assurer sa pérennité, le nettoyer de la crasse (qui n’est pas la « patine ») : oui.  Restaurer avec interprétation subjective et presque re-création : non.

Cela faisait déjà une trentaine d’années que les formations de haut niveau en conservation-restauration existaient et qu’exerçaient les « nouveaux » restaurateurs, qu’on pourrait d’ailleurs appeler plus précisément conservateurs-restaurateurs (mais on s’en tiendra ici au premier terme, plus usité et plus compréhensible).  Nous, les spécialistes en sculptures anciennes longuement formés, étions tous révoltés. Les enseignants parmi nous l’étaient peut-être encore davantage, qui prêchaient inlassablement la bonne parole aux étudiants à l’Institut National du Patrimoine (INP) ou à Paris 1 et voyaient donc appliqué à Senlis le contraire de  ce qu’ils enseignaient.

Mais nous n’étions pas sans ressources pour faire valoir notre opinion. En premier lieu, nourris de techniques anciennes ou modernes, de science des matériaux anciens, d’histoire de l’art et de déontologie, nous partagions d’abord le même état d’esprit. Ensuite, la mise en commun de nos expériences individuelles augmentait fortement notre légitimité. Nous avions aussi une autre mise en commun possible, celle de nos « réseaux » qui commençaient à se constituer, principalement dans le milieu de l’histoire de l’art au sens large, universitaires comme conservateurs de musée ou de monuments historiques et qui partageaient notre point de vue.

Passage à l’acte

Je ne sais plus qui a pris l’initiative, mais toujours est-il que nous nous retrouvâmes un jour en petit comité dans l’atelier de l’une d’entre nous à discuter de la situation et à réfléchir aux moyens à mettre en œuvre pour rendre l’appel d’offres infructueux. La chose n’était pas facile, car il n’est pas dans l’ordre des choses que de petits entrepreneurs isolés et indépendants comme nous fassent  comprendre à l’administration son erreur, qu’elle revienne sur la procédure, qu’elle en entame une autre plus conforme (coûteuse en temps et en argent) et aussi qu’un architecte en chef soit retoqué de la sorte par des personnes qu’il est censé diriger en temps ordinaire. 

Notre groupe, constitué uniquement pour la circonstance, s’intitula tout simplement « Collectif portail de Senlis ». Il était composé de restaurateurs de différentes disciplines, souvent à la fois praticiens et enseignants, ayant eu dans leur carrière la responsabilité de traitements d’œuvres importantes. Il s’agissait de Julie André, Hubert Boursier, Elisabeth Evangelisti, Benoit Lafay, Juliette Mertens, Marie Payre, Geneviève Rager et moi-même.

 

Deux membres de notre collectif rédigèrent un « regard critique sur l’appel d’offres concernant la restauration du portail central de la façade occidentale de la cathédrale de Senlis ». C’était une approche critique et très détaillée du cahier des charges exposant en quoi  les travaux demandés étaient incompatibles avec le portail et son état, autant du point de vue technique que déontologique. Une fois ces constatations rédigées, nous pouvions communiquer notre opinion en faisant fonctionner les réseaux de pouvoir que nous savions acquis à notre cause.  Ce fut par la diffusion de cette vision très critique accompagnée d’un courrier circonstancié. Nous pensions surtout à l'influence de professeurs d’université reconnus qui ne manqueraient pas au besoin de prendre contact avec la presse pour mieux dénoncer la situation, ce que l’administration  n’aime pas du tout.

De plus, chacun des membres du collectif pouvait avertir plus personnellement les contacts qu’il possédait individuellement, et prendre en son nom propre toute initiative qu’il jugerait utile. Nous fumes plusieurs, chacun dans son style, à envoyer une lettre détaillée de non-candidature aux responsables concernés du ministère de la Culture, de la ville de Senlis et à l’architecte en chef, où nous exposions en quoi le travail imposé par le cahier des charges était contraire à la vision que nous avions de notre métier.

Une pause et une nouvelle étude

Et l’improbable se produisit : l’administration arrêta courant 2003 la procédure de l’appel d’offres pour la restauration du portail, et commanda une nouvelle étude de polychromie… Car si le LRMH avait déjà beaucoup prélevé et analysé, du point de vue méthodologique la contextualisation (sorte de tentative de synthèse entre l’analyse scientifique et l’observation sur place de la mise en couleur dans sa globalité) n’avait pas été faite. Cette dernière ne pouvait l’être que par des restaurateurs spécialisés.

Malheureusement, chacun était retourné à ses occupations, et personne parmi nous n’avait vu sortir l’appel d’offres de cette nouvelle étude. Il n’y avait pas encore d’abonnement ni d’alerte internet sur des sites spécialisés en marchés publics. Seules les « grosses boites » étaient en mesure de tout voir passer.

 

 

L’étude fut donc confiée à une de ces grosses sociétés de restauration monumentale. Tout en étant honnêtement conduite, elle pêchait par le fait majeur que son conducteur n’était pas particulièrement spécialiste en polychromie médiévale.

Eh bien, allons-y !

Une nouvelle étude avait donc été faite et l’administration avait demandé à l’architecte de présenter un nouveau projet. Le résultat en fut que début 2006 parut un nouvel appel d’offres modifié pour les travaux (encore un), qui cette fois-ci ne nous avait pas échappé. Personnellement, je n’avais pas très envie d’y répondre en montant une équipe seul dans mon coin. Trop lourd. Ce furent en fait trois de mes camarades restauratrices qui me convainquirent de me joindre à elles et de me lancer dans cette aventure, en y tenant le rôle de mandataire d’une équipe à constituer avec elles.

Nous étions huit co-traitants. Les trois restauratrices à l’initiative de ce projet étaient Julie André, Sabine Kessler, Amélie Méthivier. S’y adjoignirent les restauratrices Maÿlis de Gorostarzu, Delphine Masson et Jennifer Vatelot, plus le sculpteur Leandro Berra. De mon côté j’assurerais les fonctions habituelles et chronophages d’un mandataire tout en  restaurant comme mes collègues, mais moins en quantité.

Vu l’ampleur du travail et sa complexité, il nous apparut assez vite qu’il était préférable de compléter l’équipe par cinq autres restauratrices: ce furent Christine Bonnecase, Nathalie Bruhière, Sabine Cherki, Cécile Cordier-Cuisinier, Fabienne Druilhe, plus le mouleur Claude Guémard. Le tarif était le même pour tous, puisque chacun(e) d’entre nous aurait le même degré de responsabilité sur la restauration de « sa » ou « ses » zone(s), réparties équitablement suivant l’intérêt et la difficulté du travail.

On a vu la présence d’un sculpteur et d’un mouleur. Il était en effet demandé des travaux de moulage (d’une petite tête conservée au musée de Senlis, qu’on pensait provenir du portail) et de sculpture pour certaines parties manquantes. Sur ce dernier point, il était impossible désormais de s’opposer à cette obligation, même si elle était encore en contradiction avec notre vision des choses. On verrait bien comment le conflit prévisible se réglerait.

La bonne nouvelle du succès arriva en mai 2006. Quelle satisfaction d’apprendre qu’on a été choisi pour un tel projet ! La tâche serait rude et délicate, mais remettre à jour un si bel ensemble de sculptures médiévales était exaltant.

L’été 2006 fut occupé par la réalisation d’un constat d’état général et l’organisation matérielle du chantier, avec la répartition des zones par restaurateur. On fit des compléments de l’étude de polychromie, avec de nouvelles analyses et des tests de traitements le tout  étudié par le LRMH, dont le travail fut considérable et qui de plus nous soutint en permanence, particulièrement sa directrice, Isabelle Pallot-Frossard. (ici une des coupes minces du bleu du fond du tympan).

Un portail bien genré, une équipe de restaurateur-trices aussi

J’avais la chance d’assez bien connaitre tous les membres de l’équipe de restauratrices, choisies avec Julie André, Sabine Kessler et Amélie Méthivier : j’étais de loin le plus âgé et notre milieu était encore restreint. La plupart d’entre elles avaient déjà travaillé avec moi sur un ou plusieurs de mes chantiers, soit comme stagiaire, soit comme jeune professionnelle, où encore comme étudiante lors de mes cours sur le laser à l’INP, parfois même les trois.  J’emploie le féminin car j’étais le seul homme restaurateur, de plus responsable du chantier… La situation était révélatrice de la  grande féminisation de l’activité de conservation-restauration qui s’était faite en moins de quinze ans, mais c’est un autre sujet.

Cela ne changeait strictement rien pour le travail, mais notre équipe peu mixte faisait curieusement écho à la sculpture sur laquelle nous avions à travailler. Au tympan une seule femme, Marie, dont on peut dire très brièvement qu’elle fut mère plutôt que femme. Tout là-haut, dans les voussures, une seule femme entourée d’hommes, Tamar, femme avant tout suivant les critères bibliques, c’est-à-dire progénitrice. (photo avant restauration)

Tamar (ou Thamar, à ne pas confondre avec une autre Tamar, fille de David)  fut  tour à tour l’épouse et la  veuve des deux premiers fils de Juda, Er et Onan, celui de la masturbation ou du coït interrompu, on ne sait pas très bien, les exégètes se déchirent à ce sujet. 

Plus sérieusement la Bible nous dit Tamar  demeura sans progéniture  des deux frères et usa d'un subterfuge pour s'unir à Juda qui refusait de lui donner son troisième fils en mariage. De cette union naîtront les jumeaux Zérah (ou Zara)  et Perets (ou Pharès), ancêtre de Jessé et de son fils David, et finalement de Jésus. Tamar n’est pas la seule femme mentionnée dans la généalogie de Jésus qui se trouve au début de l’évangile selon saint Matthieu, mais elle est la seule représentée à Senlis. Peut-être son histoire scabreuse a-t-elle particulièrement intéressé le créateur du programme des voussures du portail ?

Il fut donc naturel, quand je proposai à mes collègues la répartition des zones à restaurer entre nous, que seul homme restaurateur je m’occupe du seul élément féminin du portail (hormis la Vierge couronnée). Il n’y eut pas d’objection.

Les travaux

Les différentes opérations de restauration inscrites dans le cahier des charges étaient classiques : quelques consolidations assez limitées de la pierre par injection de coulis dans quelques fissures assez fines d’ailleurs, application de consolidant en surface, dessalement de zones très limitées, comblements et bouchages de sécurité et bien sûr un nettoyage complet. Moins classiques étaient quelques compléments en « pierre neuve », petits restes de l’appel d’offres infructueux de 2003.

Chance extraordinaire, mis à part quelques surpeints locaux, la polychromie originale n’avait été recouverte que d’une seule  autre mise en couleur, certainement médiévale elle aussi et dans les mêmes tons que l’original (sauf dans le fond des voussures). Elle  était par contre très souvent recouverte, en plus de l’encrassement naturel,  d’une fine couche gris-clair  étrange, assez dure, qu’on rencontre rarement et que l’analyse du LRMH trouva être du sulfate de plomb. Plutôt qu’une couche volontaire (sa morphologie et sa situation excluaient cette hypothèse), on supposa qu’on avait là le résultat d’une interaction entre les particules soufrées de pollution provenant de l’extérieur avec le plomb présent dans plusieurs pigments, que ce soit en sous-couche comme dans les couches colorées. Sa morphologie de couche aurait été due à une lente migration vers la surface suivie d’une forte concentration, par le biais d’échanges permanents entre le matériau et l’extérieur.

La révélation

Chacun venait avec son matériel, le chantier fournissant air comprimé et « consommables » tels que poudre pour le nettoyage de la couche de crasse et de la couverte de sulfate de plomb, produits de consolidation et de bouchage etc… Le travail ne se déroula pas toujours dans des conditions matérielles faciles…

 

Je proposai le laser de nettoyage pour quelques zones  bien précises et assez rares ayant perdu toute trace de polychromie, en raison des risques de destruction de certains pigments sous l'action du rayon. Cela fut exclu d’emblée par le comité scientifique. C’était une décision purement politique, car il aurait été préférable d’utiliser cette technique pour les zones à l’épiderme fragilisé  (comme pour plusieurs voussoirs côté nord), et donc sans polychromie plutôt que d'employer la microabrasion. Le comité scientifique admit mon argumentation mais soupira sans changer d'avis (si tant est qu’un comité scientifique puisse soupirer), car de gros problèmes apparaitraient si on avait dit à l’extérieur que :

  • Horreur !  « Ils » utilisent le laser à Senlis, là où il y a tant de couleur, « Ils » font vraiment n’importe quoi.

L’information est en effet si vite déformée ! Sur le fond, c’était désobligeant vis-à-vis de notre profession, souvent infantilisée. On n’interdit pas à un chirurgien l’utilisation du scalpel pour une appendicectomie, sous prétexte qu’il risque de trancher l’artère fémorale.

Je venais au moins une fois par semaine durant quelques jours (sauf pendant la période hivernale) pour restaurer, échanger avec l’équipe, être présent aux rendez-vous de chantier comme mandataire, faire de la documentation. Il était assez merveilleux pour moi de découvrir petit à petit la beauté de la sculpture nettoyée reprenant vie avec placement correct de la lumière et des ombres sur les volumes, mais aussi magnifiée par la mise à jour des couleurs et l’apparition des regards.

D’une fois sur l’autre et en raison du planning de répartition (2 ou 3 restauratrices travaillaient simultanément, ni plus ni moins pour des raisons techniques et de sécurité) je croisais des collègues différentes et communiquais avec le groupe entier par mail. Je n’ai le souvenir d’aucun problème relationnel, d’aucune anicroche autant pour le résultat du travail que pour les questions matérielles à régler en permanence. C'était le bonheur.

Le comité scientifique était très satisfait, l’architecte aussi, qui nous laissait d’ailleurs travailler en paix et en toute responsabilité.  

La robe rouge de Tamar, le regard de Marie

Je ressentis encore plus ce plaisir…

Suite et fin dans quelques jours  

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commentaires

L
bravo Jean pour cet article si sympa qui illustre les magnifiques heures de la conservation-restauration qui est aussi à chaque fois une aventure humaine !
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